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Le monastère de Phutkal accessible seulement à pied.

Imaginez ici une voix de narrateur accompagnée d’une musique entraînante : « Dans le précédent épisode de la grande traversée du Zanskar décrivant la première partie de ce trek, nos valeureux guerriers ont franchi 9 cols en 9 jours entre les villages de Lamayuru et de Padum. Ils ont transpiré abondamment, ils ont croisé plusieurs pujas sur leur chemin et ils ont bu beaucoup de « butter tea »! Parviendront-ils à survivre au chemin entre Padum et Darcha? C’est ce que nous saurons dans la seconde partie du trek de la traversée du Zanskar décrite ici! »

Cette seconde partie est plus facile que la première. Il n’y a qu’une seule passe à franchir dans les 8 jours de randonnée. Cependant, quand j’ai fait ce trajet à l’été 2015, les inondations de la rivière Tsarap rendaient le segment entre Reru et Purne incertain. J’espérais grandement pouvoir le faire puisque c’est ce qui mène au sublime monastère de Phuktal, le clou de cette randonnée. Suis-je parvenu à cet emblème du Zanskar? Patience, vous verrez bien en poursuivant votre lecture (je ne suis quand pas pour livrer le « punch » immédiatement)!

Jour 10 : de Padum (3570 m) à Mune

Padum est un excellent endroit pour refaire ses forces après les 9 jours de randonnée accomplis dans la première partie du trek. Il y a de l’électricité (donc pas besoin de se laver dans les rivières glaciales), de petits restaurants (c’est le temps de faire le plein de momos, miam!) et il y a même du wifi (pour avertir maman que je suis toujours en vie).

Le confort est tel que mon guide et moi nous y éternisons un peu trop le matin. Résultat, nous entamons notre marche à midi. Grave erreur! Je vous rappelle que dans le Zanskar, il n’y a pas d’arbre et d’ombre sur le chemin. Le Soleil est cuisant et en plein milieu de la journée, il saura altérer votre motivation à marcher!

C’est pourquoi, lorsqu’une voiture nous rattrape, il n’en faut pas trop pour se convaincre d’y embarquer (la route se rend effectivement jusqu’à Reru maintenant). Ne vous fiez cependant pas au transport sur quatre roues sur ce tronçon puisque la route n’est pas très achalandée. Il faut plutôt voir l’apparition d’une voiture comme un mirage presque!

Nous arrivons donc à Mune encore frais et dispos et nous y passerons la nuit à même son monastère. L’accueil est chaleureux et les jeunes moines sont très excités de nous voir. C’est le temps de quelques séances de photos, de pratiquer ses selfies avec eux (on est en 2015 après tout!) et de visiter les lieux.

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Nous tentons de nous informer de l’état du chemin pour les jours à venir. Nous nous faisons confirmer que le trajet sur la rive sud est impraticable à partir de Ichar et qu’il faut impérativement changer de côté de la rivière si on veut poursuivre. Seul problème, tous les ponts ont été emportés par la récente inondation… Une rumeur prétend cependant que le pont d’Ichar est en reconstruction actuellement. Est-il complété? Il faudra aller voir sur place pour le savoir!

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Le monastère de Mune.

Jour 11 : de Mune à Enmu en passant par Ichar (3810 m)

C’est à partir de Mune que nous commençons à voir les dégâts de la récente inondation. Sur le chemin de la rive sud (celui sur lequel nous sommes), nous traversons plusieurs glissements de terrain. Celui tout juste en face de Ichar est impressionnant et même un peu dangereux. Pas le temps de s’éterniser ici, il ne faudrait pas que le sol glisse sous nos pieds.

Arrivés au pont, nous constatons qu’il est effectivement en construction, mais qu’il n’est pas achevé… Cependant, une petite boîte en bois accrochée à une poulie y a été installée temporairement et c’est par ce moyen qu’on nous propose de traverser le torrent qui nous sépare le l’autre rive. Et quand je dis « petite », on parle d’une très petite boîte!!!

– Moi : « C’est une blague?! »

– Les Ladakhis sur place : « Non »

Regard interrogateur vers mon guide

-Moi (avec un léger trémolo dans la gorge) : « Peut-on vraiment traverser là-dedans?! »

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Si les moines traversent la rivière dans cette petite boîte, je serai sûrement capable aussi non?!

Je me plie le plus possible dans cette petite boîte alors qu’un valeureux gaillard tire la corde de l’autre côté. Mes 200 livres et moi-même ballottons de tous les côtés, mais nous parvenons à traverser la rivière glaciale dans laquelle coule un fort courant tout de même (non, je n’aurais pas voulu y tomber!).

Je touche le sol sur l’autre rive encore sous l’effet de l’adrénaline sécrétée par ce passage bancal! Bienvenue à Ichar, mais surtout bienvenue de l’autre côté de la rivière qui me permettra de poursuivre le trek sans problème! Fiou!

C’est dans ce tronçon que nous constatons l’intensité des dommages causés par la crue des eaux du printemps dernier. Il y a des éboulements sur toute la longueur de la rive sud, tous les ponts ont été détruits et un village de quelques maisons a même complètement disparu.

Nous arrivons finalement à Enmu, petit village d’une dizaine de maisons. Se joint à nous un moine en provenance de Phuktal. Ce que j’ignorais encore, c’est qu’il se réveillera à 4 heures du matin pour faire ses prières matinales… Beaucoup de bruit et de mouvement pour moi qui essaie de dormir tout juste à ses côtés…! Bon matin…!

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Jour 12 : de Enmu à Phuktal (3930 m)

Aujourd’hui, c’est le grand jour. Me rendre au monastère de Phuktal est la raison pour laquelle j’ai entrepris les 17 jours de trek de la grande traversée du Zanskar. Nous quittons Enmu aux petites heures du matin (de toute façon, le moine m’a réveillé à 4 heures du matin…) et nous traversons quelques villages en chemin. Les vues sur les villages de Surle (le village natal de mon guide) et Kalbog sont magnifiques.

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Rendu à Purne, la rivière se rétrécit et elle prend une jolie couleur turquoise. La vallée devient plus escarpée et se tortille jusqu’à ce que le monastère de Phuktal apparaisse. Et là, c’est l’euphorie devant cette construction du 12ème siècle bâtie à même le roc! C’est beau et c’est impressionnant! Mais comment est-ce que ça peut bien tenir tout ça au juste?

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Nous visitons le monastère dans lequel une centaine de moines vivent. C’est un labyrinthe de petites ruelles pour se promener d’un endroit à l’autre. Pour nous tenir compagnie,  il y a des gamins moines qui courent un peu partout. Voilà 12 jours que je marche pour me rendre à ce monastère qui n’est pas accessible autrement. Je fais des photos, j’apprécie le moment, je suis comblé!

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Comme si ce n’était pas assez, j’apprends que dans le village d’en face (Yugar), il y a un mariage aujourd’hui! Alors, bien sûr que mon guide et moi-même y allons! Les gens portent leurs plus beaux habits, la mariée porte fièrement son peyrac, et c’est le party! Il y a trois immenses tonneaux remplis de chang dans lesquels les convives étanchent avec conviction leur soif.

Le chang est un alcool d’orge ou de millet fermenté. Il est légèrement sucré et acidulé mais pas très alcoolisé. Par contre, avec la quantité présente sur place, tous sont bien dégourdis!

Les fêtards dansent, offrent des cadeaux de toutes sortes (miel, gâteaux, bouteilles de chang, argent, etc.) et boivent encore et encore du chang. Mon guide ne reviendra  de cette fête qu’à 5 heures du matin. Inutile de préciser que sa journée de trek du lendemain sera plus difficile qu’à l’habitude!

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Pour ma part, après avoir assisté au mariage pendant quelques heures, je retourne au monastère de Phuktal. On m’invite alors à manger une thukpa, une soupe traditionnelle tibétaine avec des nouilles épaisses, quelques légumes et des morceaux de paneer (fromage). Je partage volontiers le repas avec les autres moines. Compte tenu de la difficulté de rejoindre l’endroit à cause des récentes inondations, je serai le seul touriste sur place.

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Jour 13 : de Phuktal (3930 m) à Testa (3960 m)

Dure journée pour mon guide qui a trop festoyé la veille! Il faut le comprendre, lorsque des mariages de la sorte ont lieu, ce sont les habitants de tous les villages avoisinants qui s’y rassemblent. Puisque mon guide vient de l’un de ces villages, il revoit tous ses amis. Disons que c’est propice à lever le coude tout de même!

Ici, la vallée s’élargit et devient un petit peu plus verdoyante. Nous rejoignons le charmant village de Testa où nous y passerons la nuit.

Jour 14 : de Testa (3960 m) à Kargiakh (4130 m)

La randonnée vers Kargiakh est facile. Ici, pas de col à passer et le dénivelé est faible. Une fois rendu à Kargiakh, je croise quelques habitants qui reviennent d’une « récolte » de combustible. Rappelez-vous qu’il n’y a pas d’arbre dans cette région, alors on rapporte des « galettes » de matières digérées (pour ne pas dire fécales). Croyez-moi, ça brûle très bien et ça dégage une petite odeur de café torréfié!

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Jour 15 : de Kargiakh (4130 m) à Lakang (4470 m)

Après Kargiakh, il n’y a plus de village. Nous croisons tout de même quelques campements installés pour l’été afin que les animaux puissent brouter le pâturage. La vallée s’élargit jusqu’à ce que nous rejoignons l’abri de Lakang. C’est ici que je planterai la tente pour la seconde fois de la traversée du Zanskar.

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Jour 16 : de Lakang (4470 m) à Zanskar Sumdo (3920 m)

Si les derniers jours ont été plutôt tranquilles physiquement, c’est une tout autre histoire pour la journée d’aujourd’hui. Au menu, la passe de ShingoLa à 5095 mètres. Comme j’y suis au début juillet, elle est bien enneigée! L’ascension dans la neige qui fond au soleil est ardue. Avec l’effet de l’altitude, ça rend les choses encore plus difficiles.

Note à moi-même : la prochaine fois que je traverserai un col enneigé, le faire plus tôt dans la journée de façon à ce que la neige soit dure et que je ne la traverse pas à chaque pas…

Somme toute, nous rejoignons le sommet du col de ShingoLa et vous l’aurez compris, la vue en valait la peine. Pics enneigés et lacs de montagnes s’offrent à nous. Encore quelques bonnes bouffées d’air pur et nous redescendons jusqu’au campement de Zanskar Sumdo où nous y dormirons encore sous la tente.

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Jour 17 : de Zanskar Sumdo (3920 m) à Darcha (3360 m)

Pour le dernier jour de cette aventure, nous embarquons dans une voiture jusqu’à Darcha (eh oui, un peu de lâcheté en fin de parcours!).

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En conclusion

En somme, après avoir fait 17 jours de marche (ou presque!), traversée 10 cols et visité une trentaine de petits villages, je peux dire que la grande traversée du Zanskar est l’un des treks qui m’a le plus impressionné. L’aspect culturel de l’aventure vient complètement éclipser les exigences physiques demandées par ce trek. Visiter les monastères et croiser les sourires les Ladakhis rencontrés en chemin auront été mes coups de cœur de ce périple. Certes, j’aurai mangé beaucoup trop de chapatis et j’aurai bu beaucoup trop de thé au beurre, mais l’impression d’avoir touché à une culture authentique dans ce coin reculé m’aura fait voyager dans le temps pendant un instant.

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Trucs et conseils pour la grande traversée du Zanskar:

  • Le trek peut se faire dans le sens inverse de celui proposé ici. Cependant, si vous le faites à partir de Darcha, vous aurez à traverser la passe de ShingoLa à 5095 mètres le deuxième ou le troisième jour si vous faites une au campement de Chumik Nakpo (4640 mètres). Ne sous-estimez pas le danger de l’altitude et du mal des montagnes!
  • Côté nourriture, vous devez vous attendre à quelque chose de simple. J’ai mangé du riz avec un genre d’épinard à presque tous les soupers. Comme j’y étais en début de saison (début juillet), c’est le seul légume qui était disponible. À de rares occasions, le riz et cet épinard étaient accompagnés de lentilles (dahl). Bonne nouvelle pour ceux ayant un gros appétit, vous pourrez vous resservir jusqu’à satiété!
  • Si vous avez une fringale, vous pourrez toujours prendre de l’excellent tsampa. Le tsampa est de la farine d’orge grillée que l’on peut mettre un peu partout. Les Ladakhis le mettent notamment dans le chang (l’alcool maison) et dans le thé. Dans le thé, ça rappelle le gruau d’avoine et ça vous remplit vraiment bien l’estomac.
  • Vous aurez également des chapatis à profusion! Trois ou quatre pains de ce type constitueront habituellement vos repas le matin et le midi.
  • Un excellent livre pour tous les treks dans l’Himalaya indien (dont le Zanskar) est le guide intitulé « Trekking in the indian Hymalaya » écrit par Garry Weare aux éditions Lonely planet.

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Pour plus d’aventures, consultez mes autres articles!

La grande traversée du Zanskar – (partie 2) trek de Padum à Darcha
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Encore une fois un magnifique article !! <3 Et sache que je ne t'envie pas du tout 😉

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